Le cinéma argentain :
Considérée souvent comme un prolongement de l'Europe, l'Argentine n'en appartient pas moins au continent sud-américain, avec un particularisme culturel et politique très marqué. Le premier cinéaste qui compte est José Augustin Ferreyra, un métis de mère noire et de père espagnol, cinéaste du Buenos Aires pauvre et populaire (El Tango de la muerte , 1917; El Organito de la tarde , 1925; Muñequitas porteñas , 1931, premier film parlant). Au cours des années trente s'implante une industrie puissante, la seule à concurrencer le Mexique sur le marché hispanophone (13 films en 1935, 50 en 1939). Les films s'adressent soit aux classes dirigeantes et moyennes, à travers des comédies douceâtres, soit à un public urbain tenté par des films populistes, parmi lesquels ceux du prolifique Luis Cesar Amadori (plus de 60 longs métrages entre 1936 et 1938). Un cinéma esthétisant se manifeste en marge, qui influencera ultérieurement le style du cinéma argentin. Dans la lignée d'une recherche d'une authenticité nationale à la manière de Ferreyra, citons Mario Soffici (Prisioneros de la tierra , 1939) qui dénonce l'exploitation dans les champs de maté, et Leopoldo Torres Ríos (La Vuelta al nido , 1938).
En 1942, l'industrie cinématographique argentine à son apogée contrôle trente studios employant 4 000 personnes et produit cinquante-six films (le Mexique en crise n'en produit que 42). En 1950, l'Argentine, toujours avec cinquante-six films, se situe loin derrière le Mexique (125 films). Pendant la décennie péroniste (1946-1955), l'industrie régresse (12 films en 1956). La relance ne vient qu'en 1958, avec la " génération des ciné-clubs " et l'encouragement au court métrage. La figure la plus connue de cette époque est alors Leopoldo Torre Nilsson (fils de Torres Ríos). Fin de fiesta (1960) fut l'un des premiers films à attirer l'attention de l'Europe, qui y reconnaissait son esthétique. Fernando Birri, avec le film d'enquête sociale, donna son impulsion à l'École de cinéma de Santa Fé.
Tandis que le cinéma argentin, dans le climat de crise de la société, cherche son public entre folklore et témoignage, un réalisateur atypique émerge avec un modèle de film qui va faire école en Europe: Fernando Solanas, fondateur de Cine Liberación et auteur de La Hora de los hornos (L'Heure des brasiers , 1966-1968), vaste montage de documents d'actualités, d'interviews et de citations, qui se veut une contestation de l'ordre politique non seulement argentin, mais aussi sud-américain tout entier. Ce disciple de Bitti devient la référence du cinéma politique de tout le continent, et le second réalisateur argentin international après Torre Nilsson.
De mai 1973 à juillet 1974, la production, à dominante commerciale, s'élève à cinquante-quatre films; le nombre de spectateurs augmente de 12 p. 100 en 1973 et de 40 p. 100 en 1974. La législation est améliorée. Mais l'arrivée des militaires au pouvoir provoque la chute de la production et de la fréquentation et marque le début d'une longue nuit de censure et de répression.
En 1983, la censure est abolie. Le cinéma est désorganisé, les cinéastes en exil ou réduits à des travaux mineurs. C'est pourtant en 1984 que sort La Historia oficial , de Luiz Puenzo, belle évocation des années sombres. Solanas réalise en 1986 (en coproduction avec la France) Tangos, l'exil de Gardel , interrogation sur l'identité argentine, puis en 1988 Le Sud (également en coproduction avec la France), retour halluciné sur la période de la dictature. Économiquement, le cinéma argentin doit faire face à l'inflation, qui fait chuter les recettes de façon vertigineuse. Les spectateurs, qui étaient 61,4 millions en 1984, ne sont plus que 28,5 millions en 1988.