Le cinéma cubain,

Avec environ 1 500 000 spectateurs par semaine (sur 7 millions d'habitants), le public cubain constituait, avant l'arrivée au pouvoir de Fidel Castro, le meilleur marché d'Amérique latine. Les productions hollywoodiennes les plus médiocres s'y taillaient évidemment la part du lion, mais il existait une industrie nationale de faible rendement quantitatif et qualitatif malgré l'importance numérique de son personnel: cent cinquante films de la fin du XIXe siècle à 1959; à partir de 1940, des comédies sur fond de musique cubaine, des mélodrames, des films policiers pornographiques destinés aux visiteurs du week-end.
Du fond de la sierra, les guérilleros s'étaient intéressés au cinéma comme instrument de propagande et avait créé " Cine Rebelde ", ancêtre de l'Institut cubain de l'art et de l'industrie cinématographique, le fameux I.C.A.I.C., fondé le 24 mars 1959, six semaines après la nomination de Fidel Castro comme Premier ministre. Dès lors, tout le développement du cinéma cubain se fit sous tutelle de cet organisme d'État. Au service de la révolution, manifestant une aversion prononcée contre tout ce qui pouvait rappeler le cinéma " d'avant " (exotisme, érotisme, trafics), invité de façon pressante à soutenir et à célébrer le peuple des campagnes, l'I.C.A.I.C. sut malgré tout se garantir contre les excès de censure. Il reste qu'un bilan du cinéma cubain se ramène à faire un bilan de l'I.C.A.I.C. Santiago Álvarez est un documentariste actif et pugnace. Dans le registre de la fiction, citons Tomás Gutiérrez Alea, avec Las Doce Sillas (1962, d'après Ilf et Petrov); Cumbite (1964, d'après Jacques Roumain); La Muerte de un burócrata (1966); Memorias del subdesarollo (1968); La Última Cena (1977); Humberto Solas, auteur avec Lucia (1968) du chef-dœuvre du cinéma cubain, mais aussi de Manuela (1966), de Cantata de Chile (1975) et de Un hombre de exito (1986).
L'isolement progressif de l'île a conduit depuis quelques années à une stagnation. Le public cubain est en revanche l'un des plus assidus d'Amérique latine, en raison de l'équipement réduit en magnétoscopes.

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